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Noirs de terres & mers irisées.
Installation "impromptue" pour cinq sens par Brigitte de Malau en réponse à une oeuvre de Marlène Mocquet. L’oeuvre choisie est "Nage de pétrole". Dans le cloître, une longue table est dressée. La nappe blanche tombant au sol est froissée et relevée par endroits pour laisser voir des plants d’Angélique posés sous la table sur les graviers blancs éclairés de vive lumière. Un voile imprimé de sacs d’argile brute recouvre une partie de la nappe. Sur la table la sculpture trône sous une cloche de tulle noire. De la vaisselle blanche aux éclats irisés encadre "Nage de Pétrole". Une bande son diffuse un véritable enregistrement de tempête en mer. Lorsqu’il s’achèvera on servira aux visiteurs un verre à liqueur de Muscat de Beaumes de Venise et un bol de pâtes à l’encre de seiche puis quelques tiges d’angélique confite. La menace de la marée noire catastrophique s’allie aux douces retrouvailles d’une plante sauvage noyée dans le sucre. Venise s’asphyxsie en beauté mais s’offre en pâture liquide et restaurée. La seiche disparait à reculons derrière son ombre, et l’on oublie peu à peu les plantes sauvages aux vertus millénaires. Noire parabole de la terre riche de trésors pillés-cachés ou paradoxe culturel de notre société trop irisée de pétrole et mers polluées ?
Entrée libre. Cloître de l’Abbaye Sainte-Croix
Du 18 mars au 17 juin 2012
Marlène Mocquet est une toute jeune pousse de la peinture, très vite mise sur orbite par le monde de l’art. Ses images décapantes et échevelées saisissent immanquablement le regard comme autant de prétextes à discuter des enjeux et de l’avenir d’une technique longtemps considérée moribonde, qui reprend ses derniers temps du poil de la bête. Sous l’indéniable séduction des couleurs chatoyantes et des sujets croquignolets qui nous plongent dans les contes de notre enfance, Marlène Mocquet cultive la sauvagerie. Le dessin, colonne vertébrale d’un art bien proportionné, n’a pas ici droit de cité. Tout part de la matière, muse infernale et liquidatrice, des amas, des éclats, des couleurs hasardeuses, troubles ou déliquescentes d’où surgissent monstres et chimères. La manière engagée et iconoclaste de Marlène Mocquet raffole de l’explosion, du ratage, du coup d’éclat, du sabordage, en bref, de l’accident qui met en crise la figuration non par réduction mais par prolifération sur la toile vierge d’une matière progressant par assauts répétés. La peinture tout d’abord en terrain conquis prend ses aises, s’étale, s’affale et déborde avant d’être rattrapée et canalisée par l’artiste au service de son petit théâtre grotesque et grimaçant. Personne ne peut être dupe au vu de ces compositions taillées dans le vif, presque blessées. L’amour que Marlène Mocquet voue à la peinture est vache et celle-ci le lui rend bien. Le feu d’artifice, quoique somptueux, fait sa fête à la matière en un petit jeu de massacre enthousiaste et jubilatoire.
Vernissage le samedi 17 mars 2012 à 18h30
Du 18 mars au 17 juin 2012
En 1981, l’exposition Finir en beauté que Bernard Lamarche-Vadel organise dans son appartement adoube un vaste mouvement de retour vers la peinture et la figure. François Boisrond, aux côtés de ses acolytes Hervé Di Rosa, Robert Combas ou Rémi Blanchard, est de ceux qui penchent sans aucune réserve, après une décennie de spéculations conceptuelles, du côté d’une peinture franche, débridée et désinhibée. Son style d’alors est concis, vif et hilare, simple mais d’une redoutable efficacité. Il emprunte aux médias leurs motifs et leurs objectifs, et rend compte des clichés de la société sur un ton qui immédiatement fait mouche. Rien de bien méchant en ce qui le concerne, pas de calculs ni de dénonciations mais plutôt un optimisme de bon aloi pour une peinture vitaminée qui fait fi des lamentations.
Enfant du cinéma et de la télévision, François Boisrond est un peintre de la vie moderne. Un rien désinvolte, il a tout d’abord revisité en accéléré les canons de la peinture, mixant avec allégresse les nus, les autoportraits, les scènes d’ateliers qu’il peinturlure sur de vieux journaux ou de mauvais cartons (la modernité sera trépidante ou ne sera pas). En dessinateur prolifique, il n’a cessé d’esquisser, de croquer, de rendre des instantanés et des annotations de sa réalité quotidienne. Mordu de peinture, il a progressivement ralenti le flux de ses œuvres jusqu’à opérer un arrêt sur image saisissant (l’art sera immuable ou ne sera pas). A partir d’un modèle numérique, l’artiste, décidément adepte des écrans, plonge désormais dans les vertiges de la couleur, dont il tente de saisir scientifiquement les moindres variations. Il y a loin des signes hâtifs de couleurs pures jetés nonchalamment au patient travail de recomposition du spectre coloré. Tout un chemin parcouru, sans heurts ni ruptures, dans les méandres de l’art, à la conquête d’une image juste au sein de laquelle la précision de la manière et de la matière rivalise avec le trouble des cadres et des reflets pour plaquer en surface quelques uns des battements du monde.
Livret-découverte offert à chaque enfant visitant l’exposition.